Au final, selon un rapport des Amis de la Terre publié en septembre, 71 fonds labellisés ISR, sur les 89 analysés, contiennent dans leurs portefeuilles d’actifs au moins une des quinze entreprises controversées sélectionnées par l’ONG pour leurs pratiques sociales et environnementales désastreuses : Total, BP, Areva, France Télécom, BNP Paribas, AXA, etc. Soisic Rivoalan, rédactrice du rapport, explique : “Avec l’investissement socialement responsable, banques et assurances entrent dans la valse du développement durable. Malheureusement, elles n’ont pas changé leurs pratiques réelles et se sont limitées à promouvoir un affichage qui n’a pas de sens. Elles vendent à leurs clients des fonds soi-disant socialement responsables mais il s’avère qu’ils ne le sont pas.”
Comment expliquer la présence de ces entreprises controversées dans les fonds socialement responsables ? Les garanties de leur caractère éthique font souvent défaut. Des centres de ressources comme Novethic, ou des agences de notation extra-financière comme Vigeo ou Ethifinance, procèdent ainsi à des évaluations des entreprises sur lesquelles se basent les banques pour constituer leurs portefeuilles. Mais ces analystes financiers ISR se basent essentiellement sur les rapports de développement durable transmis par les entreprises - en plus d’informations publiques dénichées auprès de la presse ou d’ONG. “Il est donc très abordable pour les grands groupes de réaliser un catalogue de bons exemples tandis que les mauvais exemples ne sont pas médiatisés”, assure Thomas Lamarche, économiste à l’université Paris 7, spécialiste de la responsabilité sociale des entreprises. “La capacité à produire un discours critique sur les entreprises évaluées est d’autant plus difficile pour des agences comme Vigeo que lesdites entreprises sont présentes dans leur conseil d’administration. Si elles disent trop, les entreprises refuseront par ailleurs de leur répondre”, ajoute-t-il. Et de conclure : “L’ISR s’est fortement institutionnalisé. Aujourd’hui, il se met en place là où il ne gêne pas trop.”